Table ronde Paris le 06 juin 2012 : Conduite du changement dans le secteur social et médicosocial : Quels dispositifs pour quelles pratiques ?

Mercredi 06 JUIN 2012 de 17H à 19Hà L’EFPP 22 rue cassette 75008 Paris – Entrée gratuite. Conférence suivie d’un apéritif avec les auteurs : Michel Foudriat et Philippe Poirier

 Conduite du changement dans le secteur social et médicosocial : Quels dispositifs pour quelles pratiques ?

 Dans les établissements et les services qui relèvent de l’action sociale et médicosociale, mais aussi du champ de la petite enfance, la conduite du changement est une prérogative à laquelle les cadres de direction, responsables, chefs de service, coordinateurs, sont sans cesse confrontés. En effet, ces dernières années ont été marquées par une volonté des politiques publiques d’exercer de nouvelles modalités de contrôle, d’encadrement juridique, d’accueil et de suivi des usagers, de fonctionnement et de management des services. La production de nouvelles lois, l’affirmation du droit des usagers et l’apparition de concepts tels que « l’évaluation » et la « qualité » des prestations constituent un phénomène sans précédent qui oblige les cadres, garants des projets, à positionner leurs services et leurs équipes.

La conduite du changement intervient dans un contexte où les contraintes sont nombreuses et fortes. Quelles stratégies adopter ? Quelle est la marge de manœuvre des cadres et des équipes dans la conduite du changement ? Quels dispositifs pour quelles pratiques ?

 Avec Michel Foudriat1, sociologue, consultant, Philippe Poirier 2, ancien directeur d’établissement, responsable du pôle formations initiales à l’EFPP, consultant.
Discutants : Alain Bonnami, responsable du Caferuis à l’EFPP ; Caroline Azemard, directrice d’une Maison d’accueil spécialisée, Fondation des Amis de l’Atelier.

L’importance de l’intentionnalité

Nous demandons-nous suffisamment quelle est notre intention, ce que nous souhaitons pour l’autre, lorsque nous l’accompagnons ? L’intentionnalité est une composante essentielle de tout accompagnement socio-éducatif. elle marque la volonté d’engagement de l’éducateur. Mais en plus, et cela est aussi important, elle suscite en retour une réponse de cet autre, parce qu’elle est ressentie, perçue, parfois même immédiatement comprise.

Elle est comme une clé qui autorise, fournit la légitimité qui permet de cheminer ensemble. Et c’est seulement lorsque l’on cherche ensemble que la réciprocité du donner-recevoir, le dialogue et plus largement la relationnalité sont possibles.

Climat de travail et pratiques managériales

5 indicateurs simples pour questionner la qualité du climat de travail et évaluer les pratiques managériales.

 Un management (que j’appelle « virtuel ») qui réfléchit de son côté et demande ensuite à son équipe d’appliquer ses décisions.

 L’absence d’instances de co-construction, empêchant que se déploie l’intelligence collective

 Une individualisation des relations de travail, qui renforce un management par le stress et appauvrit l’élaboration collective.

 Des dirigeants qui confondent l’émulation autour d’un projet avec la mise en concurrence des salariés,

 Une culture managériale qui exclut le principe même que la relationnalité soit possible au sein d’une équipe de travail. Autrement dit, un management qui n’imagine pas que des relations puissent s’organiser autour d’un dialogue authentique ayant comme socle les composantes du don (donner, recevoir, libre obligation, défi dans le lien, réciprocité d’engagement, confiance, sollicitude, relance constructive, équilibre entre souci de l’autre et attention à soi…).

Ces indicateurs d’apparence simple, renvoient à des notions développées dans deux ouvrages complémentaires : Don et bientraitance : mobiliser les ressources fragiles de Ph Poirier et Le changement organisationnel dans les institutions sociales et médico-sociales de Michel Foudriat. Nous organisons une table ronde conjointe le mercredi 06 juin 2012 (en fin d’après-midi à l’EFPP 22 rue cassette 75006 Paris –heures précises données ultérieurement)

La mission de tout éducateur ?

La mission de tout éducateur ? Révéler à l’autre ses ressources relationnelles et l’aider à les mettre en action pour les traduire dans un engagement signe d’une inscription sociale. Les professionnels concernés par les métiers du lien doivent pour cela développer une pédagogie des relations.

Celle-ci repose sur une double expertise :

-      créer les conditions de la rencontre de l’autre en intégrant ses fragilités, souffrances, pathologies, handicaps….

-      Ouvrir cet autre à ses ressources (relationnelles bien sûr, mais ensuite toutes les formes de compétences possibles), lui permettre de les reconnaître (le peu d’estime de soi constituant un frein puissant par exemple), l’aider enfin à prendre conscience qu’il a les capacités de les mobiliser sans notre soutien.

Nous négligeons souvent cette étape, parce que nous ne mesurons pas son importance. Elle est pourtant fondamentale. L’asymétrie, inhérente à toute relation d’aide s’efface. Chacun se retrouve à égalité, ayant fait ce qu’il avait à faire prêt à poursuivre sa route enrichi de cette rencontre. L’éducateur est allé au bout de sa mission, il s’est engagé du mieux qu’il a pu, il tenté de donner à la personne les moyens de co-construire avec elle. En retour la personne a accepté l’aide proposée, elle a accepté cette réciprocité d’engagement (la qualité du lien primant sur le caractère utilitaire de ce lien) sans laquelle rien n’aurait été possible.

Chacun de sa place se sera risqué à dialoguer, rendant possible une co-construction dont on peut repérer quelques-uns des contours constitués des gestes de la relationnalité ; par exemple la dynamique du donner-recevoir, la confiance osée puis confirmée, des confrontations constructives, une fiabilité relationnelle etc.

 

La place du dialogue dans l’espace politique

Le plaisir que suscite le souci de l’autre, sa réponse comme encouragement à se lier, le dialogue vecteur de paroles authentiques doivent (re)trouver des espaces d’expression dans la sphère publique.

Or, depuis des années jusqu’au plus haut niveau de l’état, le monologue méprisant a pris la place du dialogue, le discours vide qui n’engage à rien, a remplacé la parole qui oblige.

Ce rejet du dialogue met l’autre dans l’impuissance et la négation de ce qu’il est, cela est source de violence et de repli sur soi… préparant le terrain au populisme (dans son acception négative) dans le meilleur des cas, à la tentation totalitaire dans le pire, à l’intolérance bien souvent.

Là se trouve à mon sens l’un des enjeux de cette campagne présidentielle ; libérer un espace pour une pleine reconnaissance de la relationnalité ; du don appliqué aux relations par la force du dialogue retrouvé entre les décideurs et les citoyens. Utopie… ?

Le don ça ne fonctionne pas je ne peux pas rendre (2/2)

Poursuivons l’exemple de Clara (Cf. chronique précédente). Sait-elle ce que pensent d’elle ses amis. Ne sont-ils pas les uns comme les autres dans une situation où chacun à l’impression de recevoir plus qu’il ne donne à l’autre ? Si tel est le cas, la relationnalité est pleinement opérante, contrairement à ce que pense Clara. Mais elle ne s’en rend pas compte. 

A l’inverse, imaginons que ses amis pervertissent le don en ne permettant pas à Clara de leur donner à son tour. Ils rendent alors la réciprocité impossible et dans ce cas, Clara a raison d’être mal à l’aise. Une bonne connaissance des ressorts de la relationnalité l’aidera à sensibiliser ses amis (puisque ce sont ses amis !) pour qu’ils acceptent ou simplement apprenent à recevoir. Ainsi par exemple, peut être craignent-ils ce lâcher-prise auquel ouvre le recevoir, mais il peuvent aussi ne pas avoir conscience de l’importance de laisser l’espace à l’autre de donner à son tour ?

Insistons enfin sur l’importance de prendre en compte le temps. Nous acceptons difficilement dans nos sociétés occidentales d’être celui qui reçoit sans pouvoir donner immédiatement en retour. Nous trouvons cette position inconfortable alors qu’ailleurs elle est une condition pour qu’un geste soit reconnu comme relevant du don. Il nous faut (ré)apprendre à tenir compte du temps ; le temps comme une richesse, le temps comme marque d’une interdépendance assumée qui nourrit le lien.

« Le don ça ne fonctionne pas je ne peux pas rendre » (1/2)

Les chroniques proposées sur la page d’accueil sont en général de courts textes rapides à lire, illustrant la relationnalité. Depuis la refonte du site en aout 2011, je l’enrichis une fois par mois au minimum. Les notions en italiques renvoient à l’ouvrage Don et bientraitance : mobiliser les ressources fragiles, Ed Chronique Sociale, Janvier 2012.

Clara me dit : « Mes amis me donnent, ils sont adorables, mais je me sens en dette, ils n’ont besoin de rien et je peux donc pas donner à mon tour (…) le don ça ne fonctionne pas ». En fait ce n’est pas la dette qui est en question (ses amis ne pervertissent pas le don car ils n’empêchent pas Clara de donner), les composantes du don sont à l’œuvre dans cette relation.

Ce qui gêne Clara, c’est le registre dans lequel opère la réciprocité d’engagement ; ses amis la dépannent en lui gardant ses enfants par exemple et elle ne peut leur rendre la pareille… du moins le croit-elle.

Son sourire, sa gentillesse, la qualité de sa présence l’attention qu’elle leur porte, ne vaudraient rien ?! Ses amis reçoivent de lui donner car ils ont besoin de relations sociales qui ne soient pas seulement utilitaires et Clara par sa disponibilité leur confirme que cela est possible. La réciprocité d’engagement opère car ses amis savent qu’elle « n’abuse pas » ; l’inquiétude de Clara d’être à la hauteur de l’attention que lui portent ses amis montre son souci à leur égard, elle fournit la preuve qu’elle ne les « utilise pas ». La relationnalité fournit des clés pour approcher la complexité des relations et en saisir les ressources parfois cachées ou que l’on se sait plus voir.

Nb. ( 2/2 samedi 18 février)

Le don, une notion fondamentale pour penser le vivre-ensemble

Les chroniques proposées sur la page d’accueil sont en général de courts textes rapides à lire, illustrant la relationnalité. Depuis la refonte du site en aout 2011, je l’enrichis une fois par mois au minimum. Les notions en italiques renvoient à l’ouvrage Don et bientraitance : mobiliser les ressources fragiles, Ed Chronique Sociale, Janvier 2012.

Chronique de février 2012 : Le don, une notion fondamentale pour penser le vivre-ensemble

Le don constitue un champ de recherche fondamental. Il offre un modèle pour penser le vivre-ensemble et les relations en se déclinant du concept le plus abstrait jusqu’au geste le plus concret et opérationnel qui soit.

Le concept de don possède des clés pour nous aider à repenser le vivre ensemble. Il est multiforme, il trouve des terrains d’application en économie (l’économie solidaire JL Laville), sociologie (A Caillé et les auteurs du M.A.U.S.S), philosophie (M. Henaff, Jean-Luc Marion, Olivier Abel…). Mais aussi dans les domaines de la thérapie (approche contextuelle de Nagy Boszormenyi relayé par l’association Fractale), du management (Cf. mon 1er ouvrage, celui de N. Alter…), et bien sur des relations (relationnalité).

Nous ne savons plus ou nous n’osons plus prendre le risque du don. Savons-nous encore recevoir par exemple, ne prenons-nous pas plutôt ce que nous estimons être notre dû ? Le donnant-donnant – nous ne donnons plus qu’à la condition d’obtenir un retour – ne domine-t-il pas nos relations, nous laissant croire qu’il est question de relationnalité (de don appliqué aux relations) alors que la relation utilitaire et la méfiance envers l’autre dominent ?

Pourquoi échapperions-nous au rouleau compresseur de relations réduites à leur caractère utilitaire dans un monde dominé par le marché et la finance ? Le système financier laissé à sa seule toute puissance est une arme de destruction massive du lien social. Les politiques doivent reprendre la main au risque sinon d’une implosion ou de tentations populistes dangereuses. Ils auraient tout intérêt à s’inspirer non pas seulement du concept de care (incomplet –Cf. mon nouveau livre) mais de celui de don.

Parution de Don et bientraitance : mobiliser les ressources fragiles

L’ouvrage Don et bientraitance : mobiliser les ressources fragiles vient de paraître aux éditions Chronique Sociale.
vous trouverez des informations complémentaires dans l’onglet dédié.
Cliquer ci-après pour  la couverture, la 4ème de couverture et le plan détaillé

présentation don bientraitance

pour lire seulement la couverture et la 4ème de couverture ouvrir cette image

Billet d’humeur (4/4) Le modèle utilitaire peut être remplacé par la relationnalité pour réguler les relations humaines.

La relationnalité offre les arguments et les outils opérationnels pour opposer un autre modèle de régulation des relations humaines. Une majorité d’entre-nous admet que les relations utilitaires sont destructrices de lien. Pourtant, l’organisation sociale est bâtie sur ce modèle, nous réduisant à n’être plus que des consommateurs. Ce modèle est pourtant en bout de course. Mais il ne suffit pas de s’indigner, il ne suffit pas de résister, il faut proposer et agir… je m’y emploie pour ma part en tentant de montrer l’opérationnalité de la relationnalité.

Apprenons à identifier les mécanismes de manipulation (bien que le terme puisse paraître fort) du « management utilitaire », pour les déjouer et imposer de nouveaux modes de régulation. Mais ne nous laissons pas piégés en adoptant les mêmes réflexes et les mêmes techniques, ce qui libèrerait la spirale destructrice de la méfiance et légitimerait les relations utilitaires. Et il serait trop facile de ne rien tenter en arguant une prétendue utopie humaniste inapplicable !

Il faut lutter, refuser de se soumettre à la loi du plus fort, à la loi de l’intérêt personnel contre l’intérêt collectif. Il faut nous défaire des liens qui nous entravent pour oser les liens qui nous relient. Je sais déjà par expérience que cela est possible dans le cadre d’une relation éducative et en ce qui concerne les relations de travail, dès lors que l’on prend comme principe de régulation, des repères éthiques clairs dont la relationnalité contribue à fournir le cadre.